NAISSANCE DE LA LIBERTE DE LA PRESSE EN FRANCE Né en 1749, Honoré Gabriel Riqueti de Mirabeau est issu d’une famille de la noblesse provençale. En 1789, il est élu député du Tiers-Etat aux Etats-Généraux. Habile orateur, on le remarque vite dans cette assemblée. Dès le 2 mai 1789, Mirabeau fonde son premier journal : ETATS-GENERAUX dont le contenu est osé pour l’époque !
Le 24 janvier, les représentants qui se rendront à Versailles sont élus… : « Le 2 mai, les Députés des Ordres ont été admis chez le Roi…On a seulement été frappé du peu de solennité d’une présentation qui devait être imposante, du défaut d’ordre, des difficultés, des longueurs qu’une liste inexacte a occasionnés…Nous ne parlerons pas de la distinction des costumes généralement désapprouvée…Le 5 mai a eu lieu l’ouverture des Etats. Les Députés étaient avertis de se rendre à huit heures dans la salle. Ils ont attendu très longtemps dans un corridor obscur et, véritablement, ils offraient plutôt le spectacle d’une bourse de Marchands…Mr le Garde des Sceaux a parlé longuement, mais les trois-quarts de la salle n’ont pas entendu un mot…L’Assemblée Nationale à qui on n’a même pas parlé du droit de consentir l’impôt, est constamment réduite aux fonctions d’un Bureau d’Administration… Le déficit de la France n’est que de 56 millions…Il y a certainement quelques beaux détails dans le discours de Mr Necker, mais on trouve des longueurs insupportables, des répétitions sans nombre, des trivialités dites avec pompe, des choses inintelligibles, pas un principe, pas une assertion inattaquable, aucun plan de restauration, pas une ressource d’homme d’état, aucune véritable base de stabilité…Enfin et surtout, une longue apologie du mode de délibérer et d’opiner par Ordre…qui jette l’alarme dans les Communes et ne peut attirer que discorde et confusion… Les Ordres privilégiés, qui avaient gardé un dédaigneux silence, ont applaudi très vivement…
Versailles, le 4 mai - … La cérémonie
de la procession des Députés a eu lieu avec une très grande solennité. Les
Députés des trois ordres, ont attendu le Roi à l’Eglise de Notre-Dame de
Versailles… Toute la pompe du trône et de son cortège a été déployée. La messe
a commencé. Après l’évangile, l’Evêque de Nancy est monté en chaire. Il a
déclaré que la Religion est la force des Etats… Son discours a paru long et
tissé de pièces de rapport, sans plan, sans idées, sans style, sans effets.
C’est un autre ordre de choses qu’on attendait dans cette auguste assemblée.
Tous les lieux communs, depuis le baptême de Clovis, jusqu’à la maladie de
Louis le Bien-Aimé, y ont trouvé leur place…
Très vite, le journal est interdit. Le Clergé et la Noblesse se réunissent séparément. Le Tiers refuse d’être séparé des autres représentants. Ils bloquent pendant un mois la vérification des pouvoirs de leurs députés. Le 17 juin 1789, le Tiers-Etat décide de se constituer en Assemblée Nationale. Le bas-clergé et quelques nobles se joignent au troisième ordre…
Le 10
mai 1789, Mirabeau repasse à l’offensive et crée une nouvelle feuille : LETTRE du Comte de Mirabeau à ses
Commettants. Voici ce qu’il précise dans son No 1 : « Nommé
votre Représentant aux Etats-Généraux, je vous dois un compte particulier de
tout ce qui est relatif aux affaires
publiques : puisqu’il m’est impossible de remplir ce devoir envers vous,
autrement que par la voie de l’impression, souffrez que je publie cette
correspondance et qu’elle devienne commune entre vous et la Nation… J’avais cru
qu’un journal, qu’on a annoncé dans son prospectus, comme devant être rédigé
par quelques Membres des Etats-Généraux, pourrait, jusqu’à un certain point,
remplir envers la Nation ce devoir commun à tous les Députés. Grâce à cette
feuille, je sentais moins strictement l’obligation d’une correspondance
personnelle ; mais le Ministère vient de donner le scandale public de deux
Arrêts du Conseil, dont l’un, au mépris du caractère avoué de ses Rédacteurs,
supprime la feuille Etats-Généraux, et dont l’autre défend la publication des
écrits périodiques. Il est donc vrai que, loin d’affranchir la Nation, on ne
cherche qu’à river ses fers !... Nous en sommes au point où les formes les
plus despotiques marchent aussi rondement qu’une administration légale !
Vingt-cinq millions de voix réclament la liberté de la presse ! La Nation
et le Roi demandent unanimement le concours de toutes les lumières. Eh
bien ! c’est alors qu’on nous présente un veto ministériel C’est alors
qu’après nous avoir leurrés d’une tolérance illusoire et perfide, un Ministère,
soi-disant populaire, ose effrontément mettre le scellé sur nos pensées,
privilégier le trafic du mensonge, et traiter comme objet de contrebande,
l’indispensable exportation de la vérité… »
Nous verrons dans un autre article, si cette publication va pouvoir continuer et si la liberté de la presse a pu s’installer. Elle est, ne l’oublions pas aujourd’hui, la preuve que les citoyens d’un état démocratique sont considérés comme des adultes qui peuvent réfléchir sur leur avenir et l’infléchir, et non comme des enfants que l’on berce de contes où tout finit bien et à qui, au nom d’une représentation nationale supérieure, on a retiré tout droit d’expression et de bonheur matériel, afin que les plus aisés, qui gèrent le patrimoine commun, profitent encore plus du labeur populaire. En effet, un peuple qui travaille plus va-t-il avoir le temps de s’informer et exigera-t-il de disposer d’une presse autonome et critique ? Pourra-t-il trouver le temps de surveiller ceux à qui on lui a demandé de déléguer ses pouvoirs ? Si la presse ne peut le faire, qui le fera ? Ne revenons-nous pas doucement vers un état monarchique où les citoyens ne sont jamais consultés sur les privations qu’on leur impose et les orientations d’un Etat qu’il fait vivre dans une opulence princière et qui ne rend de compte à personne ?
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